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Interview de David Dumain, pilote et présentateur moto

Vice-champion de France d’endurance en 2006, vainqueur des 24 Heures de Barcelone en 2014, 11 participations au Bol d’or, 9 participations aux 24 Heures du Mans, rédacteur en chef de Moto Journal pendant 10 ans et désormais commentateur du championnat du monde MotoGP sur Canal +, on ne le présente plus : David Dumain, nous fait l’honneur de répondre à cette interview Club 14 dédiée à la MotoGP !

Bonjour David, merci d’avoir accepté de prendre un peu de votre temps pour répondre à cette interview Club 14, nous sommes ravis. Tout d’abord, comment allez-vous ?

Hormis une épaule un peu douloureuse à la suite d’une cabriole en tout-terrain, tout va très bien. Je suis également ravi de pouvoir échanger avec vous.

La moto est le fil rouge de votre carrière, mais comment êtes-vous arrivé dans cet univers ?

J’ai passé le permis moto dès que j’en ai eu le droit, avant le permis auto. Personne ne la pratiquait dans ma famille, mais j’en rêvais. Je n’imaginais pas que cela coïnciderait avec ma trajectoire professionnelle. C’était avant tout un loisir, et à côté de cela j’ai toujours voulu être journaliste. J’ai donc travaillé dur pour accéder à une école reconnue, puis quand j’en suis sorti, j’ai travaillé à L’Equipe. Mais très rapidement, j’ai appris par un étudiant qui avait travaillé avec le nouveau directeur de la rédaction de Moto Revue qu’ils cherchaient un profil « avant tout journaliste » plutôt qu’un profil « avant tout motard » pour un poste. Or j’étais le seul étudiant de la promo sortante qui roulait à moto. Il nous a mis en relation et j’ai passé l’entretien. C’était un fiasco : j’ai séché sur le quiz qu’il m’avait préparé et lorsqu’ils m’ont fait passer un test dynamique pour voir mon niveau au guidon, je suis sorti deux fois de la route, sans tomber toutefois. Mon texte a dû leur plaire, parce que malgré ça, j’ai été pris ! J’ai donc quitté L’Equipe malgré quelques craintes, et je me suis plongé à fond dans le truc : deux ans après quasiment jour pour jour, je participais au Bol d’Or !!!

Vous débutez la compétition moto parallèlement à votre carrière de journaliste. Comment avez-vous pu combiner les deux ?

Je suis arrivé en même temps que Thierry Traccan, actuel rédacteur en chef de Moto Revue. On s’est lancés ensemble en supermotard, puis en vitesse. Nous étions parfois coéquipiers, parfois adversaires, et cette émulation nous a portés. Combiner les deux n’a pas été plus difficile en termes d’organisation que pour de nombreux pilotes qui exercent une activité professionnelle pour financer leur passion sportive. L’écueil est plutôt venu du fait qu’il me fallait bien délimiter où s’arrêtait mon influence professionnelle, afin de conserver toute mon indépendance journalistique. Je savais précisément où se situait la frontière, mais ce n’est pas toujours simple de l’expliquer.

Vous est-il arrivé de privilégier un univers plus que l’autre ? Si oui, cela a-t-il eu des conséquences sur votre carrière de journaliste / de pilote ?

Clairement, j’ai toujours privilégié mon métier de journaliste. Je ne me suis jamais vraiment donné les moyens de me consacrer à la compétition. J’ai failli le faire après dix ans de presse aux Editions Larivière, j’étais en forme et performant, mais c’est à ce moment que Moto Journal m’a proposé d’être rédacteur en chef. Une sorte de proposition que je ne pouvais pas refuser. J’ai quand même hésité, parce que j’avais aussi une bonne proposition en Endurance. J’y repense, parfois…

Avez-vous une anecdote particulière à nous partager à propos de votre parcours de journaliste ou de pilote ?

Deux moments ont été très forts : quand Thierry Traccan et moi avons disputé le Bol d’Or avec Kevin Schwantz pour coéquipier en 2004. C’était énorme et c’est à ce moment-là que je me suis dit que j’avais vraiment choisi la bonne voie avec la moto. Et puis dix ans plus tard, j’en ai eu la confirmation lorsque j’ai gagné les 24 Heures de Barcelone, mais comme le destin est parfois farceur, je me brisais les cervicales aux 24 Heures du Mans en 2014 trois mois plus tard… Et je me demandais de nouveau si j’avais fait le bon choix…

Vous commentez désormais les courses de Moto GP sur Canal +. Comment a débuté l’aventure ?

Canal+ m’a permis de me dire que décidément, la moto était ma voie puisqu’un an à peine après ma décision de quitter la presse écrite qui manquait selon moi d’envies de développement pour m’orienter vers l’audiovisuel qui se prêtait parfaitement aux nouvelles transformations digitales de notre métier, Canal+ reprenait les droits du MotoGP et commençait un processus de sélection. Un ancien de l’IPJ qui bossait alors pour la chaîne m’a convaincu de postuler et ensuite on a passé toute une série de tests. Thomas Sénécal a constitué une équipe de passionnés et on s’est jetés à corps perdu dans l’aventure, et ça dure !

Concrètement, pouvez-vous nous raconter comment se passent les coulisses d'un MotoGP ?

Le principe de Canal+ est de faire vivre l’événement au cœur de celui-ci, donc nous nous rendons sur place quand c’est possible. La pandémie de coronavirus nous a imposé des restrictions en 2020, mais cette année, nous sommes tous repartis sur place. Nous partons le mercredi quand les courses se déroulent en Europe, pour revenir le lundi suivant. Quand c’est hors d’Europe, il faut compter la semaine complète. Sur place, nous nous répartissons le travail, et il y en a beaucoup. Pour ce qui me concerne, je travaille plusieurs heures pour préparer les séances d’essais et la course MotoGP en fonction de l’actualité, des statistiques, des réactions qu’on peut obtenir. Quand j’ai terminé chaque commentaire, je me tiens disponible pour réaliser des interviews. C’est dense, intense et passionnant.

On le sait, l’actu du moment en MotoGP est passionnante, avec de nombreuses victoires françaises. Comment voyez-vous la fin du championnat spécialement pour les pilotes français ?

Jamais dans l’histoire des Grands Prix les pilotes français n’ont été aussi performants dans la catégorie la plus prestigieuse. Les Italiens ont toujours été là, les Anglais ont eu leur période, comme les Américains, les Australiens et plus récemment les Espagnols. C’est le moment français à présent, et c’est un moment fabuleux que nous vivons… Il n’y a pas de raison que ça change à court et moyen terme : Fabio Quartararo est un diamant brut, intouchable quand il met tout en place et Johann Zarco possède une détermination qu’il sait mettre au service de son talent. Leur domination peut durer longtemps…

Canal + a récemment récupéré la diffusion des Grands Prix MotoGP. Diriez-vous que la moto a profité de l’intérêt de Canal+ ou inversement ?

Les deux bien sûr. Avec Canal+, nous sommes tombés à un moment idéal avec les performances exceptionnelles de Quartararo et Zarco, d’autre part le championnat MotoGP tel que l’a façonné Dorna depuis plusieurs années, avec des moyens de production qui expriment toute la dimension spectaculaire de la moto est très valorisant, mais la moto a également profité de la puissance de feu de Canal+, qui a placé d’emblée la moto au même niveau que d’autres sports majeurs comme le foot, le rugby ou la Formule1. L’expérience de Canal+ en matière de traitement du sport bénéficie indéniablement aux programmes des Grands Prix. C’est un partenariat gagnant-gagnant…

Constatez-vous une évolution positive des audiences depuis le passage de la MotoGP sur Canal + ?

Incontestablement ! Sans rentrer dans le détail, les moyennes n’ont jamais été aussi élevées, avec des pics qui atteignent régulièrement le million de téléspectateurs. C’est du jamais-vu pour ce sport en France.

Vous pratiquez toujours la moto dans un cadre personnel ?

Je roule au quotidien en moto, que ce soit pour me déplacer ou pour me balader. Je ne fais plus de compétition, ça me manque parfois, mais cela demande un temps et une énergie que je mets ailleurs.

Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour l’avenir ?

Une bonne santé, comme il se doit. Et puis encore d’autres aventures en lien avec la moto. J’adore ça…

Et entre nous, pouvez-vous d’ores et déjà nous dire si on pourra vous retrouver sur Canal + l’année prochaine ?

Nous renouvelons notre contrat chaque année en fin de saison, nous verrons à ce moment-là.

 

Crédit Photo : Paddock GP

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