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MotoGP, la France au sommet

MotoGP / Quartararo et Zarco :
deux héros, une Histoire

 

On n’a presque pas eu le temps d’apprendre à en rêver. On se disait pourtant qu’une nuit on allait essayer, au moment où Morphée nous emmènerait pour sa balade quotidienne. On imaginait pouvoir commencer à y penser, et ils l’ont fait, déjà.

C’était bien la nuit, une nuit sous les étoiles du ciel qatari, mais le truc, c’est qu’on ne dormait pas. Comment aurions-nous pu dormir ? L’intensité de la joute était telle… Dès la deuxième course MotoGP de la saison, Fabio Quartararo et Johann Zarco nous ont offerts non seulement une course extraordinaire, mais un doublé historique, et avec lui, un morceau d’Histoire.

Le premier doublé français dans la catégorie reine du sport motocycliste. Et on ne parle pas là du seul championnat MotoGP né en 2002 au moment où les 4-temps commencèrent à remplacer les 500 2-temps, mais du championnat du monde de vitesse officiellement lancé en 1949. Depuis 1949, jamais deux français n’avaient terminé aux deux premières places d’un Grand Prix dans cette catégorie. La seule fois où deux compatriotes étaient montés ensemble sur le podium, c’était en 1954. Et ce jour-là, sur le circuit de Reims, Pierre Monneret s’imposait quand Jacques Collot terminait troisième.

Cette troisième place, c’était encore celle que Johann Zarco occupait à l’entame du dernier tour, mais dans un ultime effort, le pilote tricolore débordait son coéquipier chez Ducati pour terminer à un peu plus d’une seconde de Fabio Quartararo, et ouvrir ainsi, à ses côtés, une nouvelle page dans le grand livre de la vitesse mondiale.

Ce doublé, nos français sont allés le chercher. D’abord un Zarco, appliqué, engagé, méthodique, mesurant son effort et calant ses pas dans ceux de l’espagnol Martin pendant les ¾ de la course, se préparant à porter l’estocade décisive dans les derniers tours… Sauf que l’estocade, et elle sera fatale à d’autres que Zarco, c’est Quartararo qui la porta. Presque anonyme, 9ème en début de course, on ne croyait pas le jeune niçois capable de ce qu’il allait nous proposer par la suite. Pourquoi ? Simplement parce que jusqu’à cette course, il ne nous avait jamais montré autant de dispositions à la bagarre, autant d’efficacité pour doubler vite et bien, autant de maestria pour oublier ses adversaires après les avoir débordés.

On en avait vu un court extrait lors du GP de Barcelone 2020, nous nous sommes régalés devant la projection complète jouée du côté de Doha. Au guidon de sa Yamaha moins rapide dans les longues lignes droites que les surpuissantes Ducati, Quartararo aura su tirer profit de la vélocité supérieure de sa machine dans les nombreuses enfilades de ce circuit de Losail, et de sa capacité toute personnelle à faire la différence aux freins avec ses adversaires. Pour la quatrième fois de sa carrière en MotoGP entamée il y a un peu plus de deux saisons, le diable est sorti de sa boîte. Et quelle sortie ! On ne lui souhaite plus qu’une chose : de ne plus y rentrer.

La boîte, Zarco y sera monté par deux fois lors de ce double GP, et à chaque fois sur la seconde marche. Deux deuxièmes places qui lui permettent de prendre, et c’est inédit dans sa carrière en catégorie reine, la première place au classement provisoire. Quelle revanche incroyable pour un pilote qui, en 2019, a bien failli quitter la scène du MotoGP. Un mariage avec KTM qui ne fut jamais consommé, un pilote en mal de piloter, et la rupture en cours de saison (sans plan B), à son initiative, du juteux contrat qui le liait à la firme autrichienne. Une décision jugée aussi courageuse que folle, mais une décision toute personnelle nécessaire pour l’homme Zarco.

Sur la touche quelques temps, Johann reprit le guidon d’une Honda l’espace de trois courses de fin de saison, l’occasion de convaincre Ducati de le signer pour 2020, même si ce n’était que dans le team C. En 2020, Zarco s’est reconstruit, prouvant à ses nouveaux employeurs combien il pouvait être encore rapide, signant une pole, des podiums. De quoi les encourager à lui confier une moto officielle pour 2021. Bonne pioche, le voilà leader du championnat du monde. Quant à Quartararo, son chemin fut inverse, plus chaotique dans les cylindrées intermédiaires (Moto3 et Moto2 où il ne fut jamais champion, au contraire de Zarco, double champion du monde Moto2) mais royal, ou presque, depuis son arrivée en MotoGP.

Une progression constante, longtemps en lice pour la couronne mondiale l’an passé, Fabio semble avoir pris la maturité indispensable pour franchir la dernière marche. Sur leurs marches de podium, souriant et riant, c’est la France qui vous a rejoint au moment de chanter une grande et belle Marseillaise. Debout devant son téléviseur, ou sur le toit du monde au cœur de la nuit qatari, l’émotion et les sourires ont été partagés à l’unisson.

Merci messieurs, merci pour tout, et à très vite. Forcément très vite.

 

Par Thierry Traccan, journaliste et pilote moto français, finisher du Bol d’Or et du Dakar, et rédacteur en chef de Moto Revue.

@Crédit photo : Dorna  

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