insolite

" Un vent de liberté ! "

Né en 1971 à Auxerre, Thierry Traccan est un journaliste et pilote moto français, finisher du Bol d’Or et du Dakar, et rédacteur en chef de Moto Revue.
Club 14 a sponsorisé le pilote lors de sa participation au Dakar en 2014.

« Si j’aurais su, j’aurais pas venu » disait le p’tit Gibus dans le film culte « La guerre des boutons »…
Perso, « si j’aurais su » qu’on allait être enfermé si longtemps, confiné jusqu’à ce que Covid-19 s’en aille voir ailleurs, au diable de préférence, j’en aurais profité encore un peu plus de ce voyage au Maroc. Non seulement « j’aurais venu », mais j’aurais aussi cherché à allonger les distances, toutes les distances, à emprunter par exemple cette piste de cailloux qui semblait partir se perdre dans la montagne. Je ne me serais peut-être pas contenté, en quittant Marrakech pour rejoindre Essaouira et son bord de mer frappé par les vagues de l’Atlantique, de rester aux pieds de ces contreforts de l’Atlas. Je me serais à coup sûr risqué à grimper quelques parois. Pas les plus abruptes, mais de jolies, celles qui m’auraient permis de profiter des plus beaux points de vue du haut de mon gros trail.

Parce que cette moto, ce genre de motos, augmente le champ des possibles. Incontournable dans les années 70, Yamaha XT 500 en tête, à l’époque où on ne les appelait pas encore « trail », à la mode dès le milieu des années 80 avec ces modèles qui s’inspiraient des reines d’un Paris Dakar alors très populaire, elles portaient les noms de Ténéré, Africa Twin, DR, Elephant, GS, etc., le trail aura aussi connu sa petite traversée du désert… Drôle de paradoxe pour une catégorie de machines pensée justement pour le parcourir. Mais vers la fin des années 90, le roadster commençait à tout écraser sur notre marché hexagonal, laissant encore un peu d’espace aux sportives, aux routières, aux GT, avant de se montrer bien plus hégémonique de 2000 à 2010, ne consentant, sur le marché des grosses cylindrées, que quelques miettes aux autres familles. Et puis, à force d’un succès jamais démenti, genre d’ovni qui traversa les époques, la BMW GS finit par entraîner de nouveau dans son sillage d’autres constructeurs, désireux soit de la challenger directement (sans jamais encore y parvenir), soit d’ouvrir une nouvelle voie en espérant récupérer une part du gâteau, ou en cuisiner un nouveau. Depuis quelques années, le trail est revenu en force. Ou plutôt, les trails devrait-on dire, puisque plusieurs genres ont vu le jour, avec pour résumer, deux grandes familles : d’un côté les trails routiers qui ont quasiment éradiqués les routières et les GT, de l’autre les trails Adventure développés pour une utilisation à 360°, ou presque.

Et si en approchant de près quelques-uns de ces derniers on peut douter de leurs capacités à nous emmener hors des sentiers battus, s’y frotter nous aura pourtant prouvé le contraire. Mêmes hauts, mêmes larges, mêmes lourds, certains gros trails sont bluffant d’efficacité. Je me souviens de l’essai de la Ducati Multistrada 1260 enduro réalisé il y a deux ans dans la campagne Toscane, un parcours 100% tout-terrain où, à de larges chemins de graviers blancs, répondaient des petits sentiers étriqués, jonchés de pierres et entravés de racines, obligeant à d’incessants pivots et mobilisant – je le pensais – plus que toute mon attention pour espérer maîtriser cette grosse moto au risque sinon de la flanquer par terre… Pour tout dire, et avant de démarrer, je n’imaginais dans le patronyme « enduro » affublé à cette Multistrada au mieux que de l’humour, au pire pas mal de prétention. On était en réalité plus proche de l’humour, parce qu’à son guidon j’ai souri, souvent, longtemps, bluffé par les qualités de cette moto qui poussait les cailloux, traçait son cap dans les racines, imperturbable. Un rail, et un vrai trail qui réclamait évidemment plus d’attention qu’une légère moto d’enduro, mais un trail capable d’emprunter des chemins où, avant de m’installer derrière son guidon, je ne l’aurais jamais imaginé être capable d’évoluer.

Oui, les trails Adventure estampillés off-road ouvrent bien grand le champ des possibles. Ils ne sont pas que des produits marketing, pas de simples évocations, ils sont une réalité nous permettant d’aller voir ce qui se trouve bien après la fin de la route. Ce que j’ai eu l’occasion de faire finalement au Maroc donc, quand n’y tenant plus, et après avoir profité d’une route vraiment intéressante tant en termes de variété (virages) que de qualité (grain), ma Triumph Tiger 900 est allée pousser la chansonnette dans des chemins qui nous emmenaient au milieu de nulle part. Des cailloux, des ornières, des racines, des bosses, des montées et des descentes, mon trail britannique n’en aura fait que peu de cas, survolant les difficultés pour se concentrer sur notre quête commune, aller toujours plus loin, et profiter, juste profiter. Seule exigence répétée : anticiper et garder de la marge, une moto de plus de 200kg ne s’arrêtant pas dans un souffle… Pas plus qu’elle ne se relève comme une plume. Une réserve aux accents de sécurité à respecter pour profiter de ces trails sans réserve. Facile à appliquer comme règle de vie, et tellement propice à la découverte, l’essence même d’une moto tout terrain !

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